Album Magret Dada par zoB’

Magret Dada, nouveau projet de zoB’ ,  est un nom qui dit tout : foutraque et généreux, authentique et décalé.

On y retrouve la veine profonde du trio qui oscille, déconcerte, brutalise, légère entre hip-hop, chanson électro et énergie punk. Chaque titre cherche à en découdre au sein de nouveaux territoires comme celui de la tendresse. Ici, on cache les fêlures intimes au creux d’une langue noueuse et ciselée, qui dérive par associations sonores. Il y a de la poésie, bien sûr, d’abord, avant toute chose. Cet univers s’abstient de vous donner les clés comme on débiterait des évidences. Ses textes balancent de l’uppercut à la caresse, du collectif à l’intime, de voyages en portrait, de l’ironie à la douceur.

Côté musique,  zoB’ (micro mitraillette), Gerbeck (beatmaking – percussions), Dandy Punk (basse-claviers Live, composition additionnelle) : nouvel opus et noyau dur. Si la voix reste le plus souvent dans le spoken word, elle ose le chant mais jamais le cri. Avec zoB’, même la rage a de l’élégance. L’album est centré sur le son d’un clavier analogique, dont le nom délecte les connaisseurs : les lignes mélodiques d’un MS10. Pour l’authenticité, la qualité, le kiff, tout simplement. La musique joue en rebonds – boucles sonores, beats circulaires, percussions afro-latines : on vous invite à danser mais il est probable que vous ne sachiez pas sur quel pied. Peu importe : les bras, la nuque prendront le relai de la transe.

Au gré des titres, l’explosion sera décomposée : la surprise, l’énergie, le souffle, la brisure, le repos, l’étreinte,…

Magret Dada vous prend au dépourvu et parfois… dans ses bras.

Céline Gaudin-Rousseau

Mazette

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L’art de jongler avec les mots et avec les styles musicaux a toujours pas mal d’arguments pour nous séduire. Alors quand zoB’ nous a contactés pour nous parler de son dernier album Magret Dada, nous y avons jeté une oreille, comme ça, par politesse, parce que c’est hip-hop et que ce n’est pas forcément notre courant musical préféré. Mais direct, électricité circulant à plein régime dans notre système nerveux, du tympan au cerveau, coup de foudre pour ce trio qui ne fait pas les choses comme tout le monde, et surtout ne les dit pas non plus de la même manière.
Comme souvent, le premier morceau détermine la suite de l’écoute. Pas de faux pas avec Temps long bâtard : un flow qui nous évoque Fuzatti (Klub des loosers), une musique qui mêle human beat box et électro minimaliste, un texte qui dégage déjà une sensibilité brûlante et dont le vocabulaire fait mouche. Il n’en faut parfois pas plus pour nous dire que nous nous trouvons en présence d’un album à part.
Musique.
Ici, nous naviguons à vue entre électro, hip-hop, pop et punk. Le côté pop vient bien ici du populaire, de cette musique sur laquelle se pose une ligne de chant qui instantanément se veut inclusive. Bien que parlées, ces lignes de chant déroulent un flow qui nous embarque dans des émotions contrastées, passant par la douceur, passant par la colère, amoureuse ou photographie sociale du monde qui est le notre, zoB’ ne se loupe pas, pas une seule fois. Le groupe nous accroche par une facilité d’écoute qui n’est paradoxalement pas due à un quelconque simplisme de ses thèmes musicaux. Ils sont d’ailleurs à l’opposé d’une pseudo-facilité, puisque leur construction y est très élaborée, reposant sur un mélange de juxtaposition/superposition de programmations et de rythmiques.
Les morceaux de Magret Dada reposent souvent sur une base minimaliste servant de socle à des superpositions instrumentales, elles aussi minimalistes. L’ensemble nous procure des titres riches laissant la place au blanc dans lequel se répercutent nos pensées, nos interprétations quant à ce que renferment les mots de zoB’. Electro, hip-hop, nous avons un superbe travail qui se dévoile à nous : claviers d’aspects cheap (géniaux) qui parfois nous évoquent le fameux Charlie Oleg de Tournez manège (ouais, on se rend bien compte que nous sommes bien vieux d’un coup), programmations rythmiques à la fois numériques et organiques (human beat box, réelle ou non, l’effet est réussi), et puis arrangements au millimètre font de Magret Dada un album à la musicalité riche et originale, très personnelle.
La voix.
Forcément, il faut une voix au diapason. Ici, oubliez les gros rappeurs lourdauds, débitant du vocoder au kilomètre pour masquer le manque d’intérêt cuisant de leur organe chanteur, oubliez aussi les aspects « urban ». La voix possède un phrasé dénué de tout effet, voix claire, pure, possédant une certaine langueur, une teinte de mélancolie, un peu désabusée. On aime ses inflexions, on aime aussi ce qu’elle véhicule de sensibilité. Nous y sentons de la tristesse, de la hargne, tout dépend du contexte. Les deux ne sont jamais véritablement tranchées. Sur un titre comme Harold Harold par exemple, nous y sentons un spleen décrivant presque une incapacité à être simplement heureux.
Dans tous les cas, c’est un poète qui s’exprime. On entend par là qu’il met de la vie dans ses textes, bien plus qu’un Grand Corps malade débitant ses textes sans nuances. Ici, il y en a, dans les appuis, dans les relances, dans les idées aussi. Le texte n’est pas seulement rythme, il est couleur, il est musicalité à part entière. Veloutée, sachant être mordante quand les textes se font plus véhéments, la voix s’adapte, caméléon, aux aspérités de textes imagés, puissant évocateur de ce que le narrateur perçoit de ce qui l’entoure.
Les textes.
Ils sont tout, ils sont amour, ils sont constat, ils sont dénonciation. Ils décrivent l’époque avec acuité, observateur des errances de tout un chacun. Comme les poètes, ou comme les écrivains, il donne son avis sur nos dérives, individuelles s’inscrivant dans le grand courant collectif, en y portant parfois un jugement sans appel (Dindon, Combien t’as de followerzzz), parfois de la tendresse (Temps long bâtard, Harold Harold), parfois désillusions blasées (Humeur 303, Magret Dada).
L’aspect Do it yourself de l’ensemble nous fait parfois flirter avec l’énergie punk. D’ailleurs c’est très punk dans l’âme, puisque poétique et nerveux. Les textes laissent une large place à l’interprétation puisqu’ils ne disent pas tout, nous laissent maîtres de nos pensées, des messages que nous voulons y voir. Même si, parfois, la diction nous rappelle un peu Oxmo Puccino, nous sommes loin des derniers albums de ce dernier, mais plus proche d’un disque comme Cactus de Sibérie, poétique, amer, amoureux. Nuancé, Magret Dada l’est, assurément, et nous offre toute l’étendue d’une humanité forte au sein d’un groupe diablement pertinent.
LE titre de Magret Dada.
Il y a quelques morceaux que nous aimons beaucoup. Temps long bâtard, Si ça vient j’prends, Harold Harold, Combien t’as de followerzzz, Magret Dada… Dur de faire un choix… Alors, on va faire simple, nous allons prendre celui qui donne le la de l’album, qui lui sert de porte d’entrée, Temps long bâtard, pour sa musicalité, pour tout ce qu’il place comme éléments qui seront fondements de l’album, autant musicalement parlant que textuellement.
Et puis, on aime ce rythme, ce mouvement qui se répète sur d’autres titres, un truc qui nous place en spectateur/inventeur de mondes musicaux fous et puissants. Comme nous l’évoquions, zoB‘ nous laisse la place de voir les choses sous notre propre angle de vue, et nous retrouvons également cela sur ce premier morceau, parfaite mise en bouche d’un album qui demande un peu de temps avant d’être parfaitement assimilé (parce que foisonnant d’idées et de textes à décrypter).